26 novembre 2018

Millennials : ne pourrait-on pas changer de sujet ?

Qualifiés de « jeun’s » par leurs aînés et affublés du surnom « junior » dès leur entrée dans le monde du travail, les 18-30/35 ans sont depuis plusieurs années regroupés dans la catégorie fourre-tout des « Millennials ». Alors que cette génération devrait bientôt dépasser la catégorie des baby-boomers et atteindre les 73 millions de membres en 2019, elle semble fasciner une grande partie de la population, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.

Si le Millennial intrigue tant, c’est d’abord parce qu’on a bien du mal à le décrire. En effet, le terme de « Millennial » n’a pas (encore) sa définition dans le Larousse. Et pour cause, il n’en existe pas de définition sociologique. Nous nous contenterons donc ici de Wikipédia et de son Wiktionnaire (outil de recherche favori des Millennials s’il en est), qui définit le Millennial comme une « Personne de la génération jeune au moment du millénaire, née dans les années 1980 et 1990 ».

Si ce terme n’est donc pas particulièrement péjoratif, force est de constater qu’il charrie avec lui son lot de clichés. À défaut de réussir à décrire avec précision les individus qui constituent cette vaste catégorie, certains semblent prônes à les désigner comme responsables de tous les maux de la société. En effet, on retrouve au sujet des Millennials des suppositions toujours plus farfelues (amusantes pour certaines, quoique potentiellement vexantes pour les personnes concernées), dont voici un petit florilège :

Schroders lance un site Internet pour éduquer les « Millennials »
> Traduction : Les Millennials, ces petits sauvageons dépourvus de parents.

Sexe : pourquoi les « Millennials » sont terrifiés à l’idée de faire l’amour ?
« Terrifiés », vraiment ? Pauvres petites choses fragiles. Ah le poids des mots dans la langue française…

Les Millennials n’ont pas les réticences de leurs aînés pour les OGM
C’est bien connu, les Millennials ont tous vendu leur âme au diable et ont des actions chez Monsanto.

Les Millennials vivent leur premier grand choc boursier
> Le krach de 2008 n’avait visiblement pas eu assez d’importance.

La voiture fait toujours rêver les Millennials
Désolés de ne pas encore avoir les moyens de nous déplacer en Hyperloop.

Les Millennials aiment lire… entre autres activités
> Toute une génération abonnée à « J’aime Lire », ça laisse des traces !

Les parfums n’ont plus la cote auprès des Millennials
Sans commentaires.

Cet été, une chronique sur la Coupe du Monde titrait même « Management des Millennials : les leçons de Didier Deschamps ». C’est vrai ça, on est vraiment curieux de savoir comment notre Didier national a bien pu réussir la prouesse de gérer cette vingtaine de jeunes issus d’une génération que l’on dit individualiste, inexpérimentée, impatiente et qui passe son temps à tout partager sur les réseaux sociaux. À en croire cette tribune, l’ensemble du corps managérial des entreprises françaises aurait bien des choses à apprendre de l’entraîneur français pour réussir à dompter les Millennials.

En effet, il semble que les mythes concernant les Millennials dans le monde du travail sont ceux qui leur collent le plus à la peau. Le Millennial est bien souvent catégorisé comme éternel junior dont la seule valeur ajoutée serait de savoir répondre à toute question touchant à l’informatique, internet et autres réseaux sociaux. En revanche, dès qu’il est question de vision plus stratégique, de culture d’entreprise ou d’organisation du travail, ses idées ont tendance à être reléguées au second plan, au profit d’approches « plus éprouvées ».

En tant que Millennials, on se retrouve bien malgré nous propulsé au rang d’aîné d’une sorte de fratrie connectée, dans une famille où personne ne semble vraiment comprendre qui nous sommes. Early adopters d’internet, des réseaux sociaux et de l’IoT (parfois à nos dépens), nous tentons tant bien que mal d’apprendre de nos erreurs et de responsabiliser nos cadets (la fameuse génération Z) pendant que la génération de nos parents (la Génération X) (vous suivez toujours ?) nous reprochent notre addiction aux smartphones, tout en refusant de décoller leur propre nez de Candy Crush.

Devant tant de clichés et d’incompréhension, il n’est sans doute pas surprenant que de nombreux Millennials se retrouvent au bord de la crise de nerfs (cf. Burn-out. Les “Millennials” sont en première ligne ; Pourquoi la Génération Y est malheureuse au travail ; 85% des Millennials détestent les Millennials). Ne serait-il pas temps de prendre un peu de recul ? Si, comme nous, vous êtes de cet avis, nous vous conseillons la lecture de cet  article du World Economic Forum, qui permet de remettre les choses dans leur contexte. Et qu’on ne vous entende pas murmurer « Ah les jeunes, c’est plus ce que c’était… ! »

Anouck Girard