15 mai 2018

Les robots vont-ils voler notre travail et détruire l’humanité ?

Formulée ainsi, la question pourrait paraître quelque peu excessive. Pourtant, pas une semaine ne passe sans qu’on nous assomme d’une nouvelle prédiction sur les conséquences dévastatrices de l’intelligence artificielle et de la robotisation pour notre société. Médecine, finance, automobile, cybersécurité, divertissement – les champs d’application de l’IA et ses usages potentiels sont sans fin. Et c’est finalement ce manque de limites qui semble poser problème à ses détracteurs.

Ce qu’en dit la presse…

Du côté des médias, on remarque une certaine tendance aux titres alarmistes. Il suffit de jeter un œil aux articles parus sur le sujet ces derniers mois.

D’ailleurs, si l’on regarde de plus près le type de questions fréquemment posées par les internautes au sujet de l’IA, il est raisonnable de penser que notre peur des machines a encore de beaux jours devant elle.

Alors certes, l’IA a désormais sa propre église et un certain robot humanoïde très médiatisé a dit lors d’une interview qu’elle détruirait la race humaine, mais doit-on pour autant s’inquiéter ?

Un débat extrêmement polarisé

De l’OCDE au Forum économique mondial, en passant par les plus grands cabinets de conseil de la planète, tous les experts y vont de leurs prédictions, des plus optimistes aux plus terrifiantes. Le souci, c’est que personne n’arrive réellement à se mettre d’accord sur l’impact de l’IA et de la robotisation sur notre société.

D’un côté, il y a ceux qui voient avant tout le caractère préjudiciable de ce genre d’avancées technologiques, comme le directeur de la Banque Mondiale, qui estime que l’automatisation du travail menacerait deux tiers des emplois dans le monde. Ce camp s’inquiète par exemple de la robotisation croissante des usines, un sujet auquel Envoyé Spécial avait consacré un reportage en début d’année, ou encore du modèle « Amazon Go », supermarché automatisé et entièrement libre-service qui nécessite moitié moins d’employés pour fonctionner.

Dans le camp opposé, c’est l’enthousiasme qui règne puisque la robotisation de notre société est plutôt perçue comme force libératrice pour l’homme et source de croissance économique. Si l’on en croit les rapports rassurants de l’IFR, fédération internationale de la robotique, les robots vont améliorer notre productivité, notre compétitivité et, au bout du compte, créer des emplois.

Mais le débat va bien plus loin que la seule question du travail. In fine, ce qui inquiète est la capacité des machines à prendre l’ascendant sur l’homme sans qu’il soit possible de faire marche-arrière. Elon Musk, fondateur de Tesla et SpaceX, avait ainsi déclaré l’année dernière que l’intelligence artificielle constituait « la plus grande menace pour l’existence de notre civilisation » et réitère d’ailleurs sa mise en garde dans le documentaire Do you trust this computer? du réalisateur Chris Paine, sorti cette année. Mark Zuckerberg (qu’on ne présente plus) a quant à lui déclaré sa vive opposition à ce genre de vision pessimiste, préférant souligner la contribution positive de l’IA aux domaines de la santé ou encore de la sécurité.

Des limites à fixer et des opportunités à saisir

S’il est difficile de déterminer avec précision l’impact des (r)évolutions technologiques sur l’emploi et la société, celui-ci est inévitable et résister à la technologie par simple peur des changements qu’elle pourrait entraîner représente un frein au progrès et à l’innovation. Dès lors, il serait bénéfique de nuancer la vision totalement fataliste proposée par certains. Après tout, ne serait-il pas intéressant de voir à quoi pourrait ressembler une société « augmentée » par l’IA et libérée de ses tâches ingrates au profit de plus de temps libre ?

Evidemment, tout cela suppose une réflexion profonde sur le sujet, et une responsabilité, notamment de la part des gouvernements, de se prémunir contre les dérives et de s’assurer que les évolutions technologiques profitent effectivement à tous. À la tête de la mission d’information du gouvernement français sur l’intelligence artificielle, Cédric Villani a récemment rappelé, à juste titre : « Toute nouvelle technologie vient avec des nouveaux pouvoirs. En soi, elle n’est ni bonne ni mauvaise. C’est le rôle de la société d’interdire les mauvaises et de permettre les bonnes ». Reste maintenant à trouver un terrain d’entente sur la meilleure manière de légiférer – taxation des robots, mise en place de quotas humains ou encore adoption d’un label « made by humans » sont parmi les pistes évoquées en France et ailleurs dans le monde.

Enfin, à titre individuel, la meilleure solution reste de se tenir informé des évolutions et de s’y préparer, notamment via la formation. Appréhendée correctement, l’ascension de l’intelligence artificielle ouvrira sans nul doute la voie à de nombreuses opportunités pour l’esprit humain de montrer toute sa force de créativité.

Naouel Zenaidi