25 avril 2018

La presse papier est-elle vraiment morte ?

On nous annonce depuis de très nombreuses années la fin de la presse écrite, ou plus précisément la mort du support papier. Si de nombreux médias traditionnels ont été obligés de revoir leur stratégie de publication, pour y intégrer version numérique et réseaux sociaux et ainsi faire face à la redoutable efficacité des nouveaux médias 100% digitaux, il semblerait néanmoins que la presse papier n’ait pas dit son dernier mot. En effet, en contre-pied de cette migration vers le numérique, on voit certains pure players prendre le chemin du bi-média en déclinant leur offre sur papier pendant que des journalistes se lancent également dans l’aventure print avec de toutes nouvelles parutions. Le tout avec plus ou moins de difficultés.

Alors, lancer un magazine papier en 2018 : pari fou ou stratégie payante ?

 Du print chez les pure players

Le 30 janvier, le pure player Le Journal des Femmes, site internet du média Le Figaro dédié à l’univers féminin (art de vivre, société, décoration, …), annonçait le développement de sa marque avec le lancement en kiosque de son premier magazine papier, prévu pour mars 2018. Du même nom que le site internet qui comptabilise 11 millions de visiteurs uniques par mois, la version magazine du Journal des Femmes comporte 140 pages environ, est publiée cinq fois par an et tirée à 120 000 exemplaires. Le tout au prix (raisonnable) de 2,90 euros.

Une annonce qui a fait beaucoup parler d’elle étant donné le contexte peu favorable de la presse féminine actuellement et les rumeurs de rapprochement entre trois grands groupes du secteur : Lagardère (Elle, Télé 7 jours…) Mondadori (Closer, Sciences & Vie…) et Marie Claire (Marie-Claire, Cosmopolitan…).

Mais Le Journal des Femmes n’est pas la première marque à se lancer sur ce créneau : le pure player OhMyMag, du groupe Prisma Media, a lui aussi su savamment allier papier et digital. Le site internet, qui cible les femmes Millenials, se décline en magazine papier depuis le 4 septembre 2017 (en remplacement de As You Like, autre marque du groupe) tout en continuant à se renforcer sur la partie digitale en parallèle, notamment avec un partenariat Pinterest annoncé en janvier 2018.

La formule « slow info » 

Après les lancements réussis de la revue XXI, qui a fêté ses dix ans en début d’année, ou encore du journal le 1, on a vu arriver en 2018 deux nouveaux titres dans la catégorie print avec les lancements des magazines ebdo en janvier et Vraiment en mars. Malheureusement, l’expérience a été de courte durée pour ebdo, dont la publication s’est arrêtée prématurément à la mi-mars après seulement 11 numéros.

Pourtant, tout portait à croire que ce magazine était fait pour durer : avec pour objectif de compter 70 000 abonnements et de réaliser 20 000 ventes au numéro d’ici à la fin 2019, l’hebdomadaire « sans pub et indépendant » se voulait accessible et souhaitait mettre le lecteur au cœur de sa stratégie éditoriale, en recueillant idées, envies et expertises par le biais d’une plateforme dédiée intitulée « La Source ». Comme ses autres compères, ebdo se caractérisait par une quasi absence de publicité et misait sur le concept de « slow info », une tendance visant à contrecarrer le phénomène d’infobésité, où l’information est livrée de manière instantanée et en continu, sans prise de recul. Le magazine, pour donner priorité à la qualité, favorisait ainsi un temps plus long pour le choix, le traitement et la production des sujets, avec des formats longs pas directement reliés à l’actualité.

Après un réel engouement pour les quatre premiers numéros, les ventes sont néanmoins tombées autour de 15 000 exemplaires (contre 45 000 pour les numéros précédents). À cela se sont ajoutés des problèmes financiers, avec le départ de deux actionnaires avant le démarrage du journal, décalant ainsi l’augmentation de capital initialement prévue. Interviewés en mars, les fondateurs disaient chercher des solutions de reprise qui leur auraient permis de trouver une issue favorable à la situation, à l’image du magazine Causette, qui avait été placé en redressement judiciaire en janvier 2018 avant de trouver un repreneur auprès de LFF Média, l’éditeur du Film français et de Première.

L’année 2018 verra-t-elle la naissance de nouveaux magazines ? Apparemment, la réponse est oui, puisque La Croix a annoncé le lancement de son magazine hebdomadaire pour le second semestre 2018, afin de fidéliser ses abonnés numériques et d’attirer un public plus jeune (la moyenne d’âge étant actuellement de 61 ans sur papier, 55 sur tablette et 48 sur mobile.)

Mais face à des volumes de diffusion qui peinent la plupart du temps à assurer la pérennité des nouveaux lancements, la question de savoir si ces médias pourront se conforter dans leur choix de lancement print se pose. Qui trouvera la formule magique pour allier nombre de lecteurs suffisants et conditions financières durables ?

Alexandra Corbelli