29 mai 2018

Comment Facebook a marqué toute une génération

Vol de données à grande échelle, dégringolade en Bourse, suspicion et contestation… Après avoir été le premier réseau utilisé à échelle mondiale, avec encore 2,1 milliards d’utilisateurs actifs par mois fin 2017, Facebook connaît, depuis quelques mois, une période plus sombre de son histoire, avec une vague sans précédent de désinscriptions des utilisateurs et la propagation du hashtag #DeleteFacebook.

Parce que c’est souvent quand vient la fin d’un grand artiste ou d’une époque marquante qu’on repense avec nostalgie à ses débuts, replongeons-nous quelques minutes dans la madeleine de Proust que fut Facebook, pour tout membre de la génération Y qui se respecte.

On faisait quoi sur Facebook, il y a 10 ans ?

Replonger dans son passé facebookien est une épreuve qu’il faut affronter avec beaucoup d’auto-dérision et de recul sur soi-même, si l’on ne veut pas finir par regretter de ne pas avoir tout supprimé depuis longtemps. Quand on repense à nos premières années sur Facebook, plusieurs souvenirs reviennent automatiquement à la surface : à commencer par le « poke », cette fonctionnalité qui consistait à taper virtuellement sur l’épaule d’un autre membre du réseau pour attirer son attention. À l’époque, se faire « poker par untel » pouvait suffire à égayer notre journée et on retournait en général la politesse, de sorte qu’un seul poke ouvrait la voie à un échange virtuel potentiellement infini, et plus si affinités. Si le poke paraît aujourd’hui daté, Facebook a conservé la fonctionnalité, qui se retrouve même complétée d’une liste d’actions tout aussi futiles : on peut ainsi envoyer un « hello », faire une « accolade », un clin d’œil ou encore un « tope-là ».

Il y a également eu l’époque des tests qui circulaient sur le réseau et s’y répandaient comme une traînée de poudre : Quel personnage de Friends es-tu ?, Quel animal/chanson de Britney Spears/sandwich de chez McDo te correspond le mieux ? ou encore Quel pays est fait pour toi ? Et quand on avait fait le tour, il était même possible de créer notre propre test, à grand renfort de private jokes et de références absurdes pour faire marrer ses amis. Tellement de temps perdu à répondre à des questions parfois totalement farfelues, et à partager fièrement notre résultat sur notre mur, avant de nous lasser, quelques mois plus tard, de cette vague massive du test de personnalité !

Le grand étalement de vie privée

Pour quiconque se replonge dans ses archives personnelles sur Facebook, un autre traumatisme refait rapidement surface : celui des statuts postés à l’époque où ils devaient obligatoirement commencer par notre nom et nous poussaient donc à parler de nous-même à la troisième personne, donnant lieu à une déferlante de confessions intimes qui auraient dû rester dans l’espace privé. « XXX se sent déprimé•e/exècre le monde entier », « XXX se fait plaisir devant La Nouvelle Star et un Maxi Best Of 280 », ou encore « XXX est en train de se préparer pour une soirée bien arrosée ».

Aux débuts de Facebook et avant l’apparition du chat privé en 2008, il faut en effet se souvenir que toutes les interactions se passaient directement sur nos murs et ceux de nos amis, au vu et au su de tous, sans aucune pudeur. Bien souvent, des messages qui auraient dû rester privés étaient postés en public, usant de noms de code et de métaphores pour masquer certaines significations et informations au commun des lecteurs. Il était courant de poster en masse les photos de la soirée de la veille sans opérer le moindre tri, avec des albums dépassant parfois une centaine de clichés sur lesquels on prenait soin de tagguer une par une chaque personne qui apparaissait.

Comme la fonction « Like » n’existait pas encore, les seules réactions possibles sur ces contenus étaient les commentaires, qu’on attendait avec impatience et en nombre pour prolonger l’événement, avec l’espoir de voir quelques anecdotes croustillantes être révélées par ce biais. En vérité, ces milliers de mots écrits sur le vif font maintenant presque honte à relire.

Mises à jour et innovations : réapprendre à aimer Facebook

Enfin, passer 10 ans sur Facebook, c’est se réadapter continuellement à une plateforme en constante évolution. Souvenez-vous à quel point chaque nouvelle mise à jour de l’interface de Facebook pouvait nous faire bondir de nos sièges, à l’époque où Mark Zuckerberg fignolait son bébé, nous donnant l’impression, après chaque changement de la plateforme, de pénétrer dans une contrée sauvage au moindre clic.

Réorganisation des rubriques, apparition du Newsfeed, introduction de la « photo de couverture », évolution des formats de contenus… Quand on jette un coup d’œil en arrière, on réalise par quelles mutations successives nous sommes passés. En 2010 par exemple, la mise en place du « Like » a changé beaucoup de choses, réorientant la logique des contributions vers plus de qualitatif, et poussant les utilisateurs à poster des contenus plus chiadés et réfléchis. Aujourd’hui, le réflexe du commentaire ne vient qu’en seconde position, si l’on a vraiment quelque chose à dire (ou à ajouter à notre « like »).

Fort heureusement pour nos cerveaux vieillissants de trentenaires, Facebook a gagné en souplesse, en s’adaptant, dans une certaine mesure, aux goûts, attentes et besoins de chacun. Et le rythme des mises à jour majeures a eu tendance à diminuer, cessant de perturber trop régulièrement ce qui reste de la petite parcelle de maison virtuelle que représente notre profil personnel sur le réseau. Car, pour beaucoup d’utilisateurs encore à l’heure actuelle, aller surfer sur Facebook, c’est une activité quotidienne aussi banale que d’ouvrir le placard de sa cuisine, à la recherche d’une inspiration pour cuisiner le dîner du soir ; on le fait sans y penser, un peu comme un zombie, en espérant se faire agréablement surprendre par quelque nouveauté, avant de réaliser que rien n’a changé et qu’on mangera le même plat cuisiné la veille.

 

Elodie Buch