25 mars 2019

Barbie ingénieure en robotique : une aubaine pour la parité dans la tech ?

Challenges a récemment dévoilé les résultats du premier Baromètre de la parité. On y apprend notamment qu’on ne trouve qu’une seule femme PDG dans tout le SBF 120. Chez les grandes entreprises de la Silicon Valley, même constat. Seuls Paypal, Amazon et Twitter approchent des 40% de parité selon l’Institut Dalia Research. Mais qu’en est-il de la parité dans la tech en France, et comment parvenir à réduire ce « gender gap » ?

Alors que les femmes étaient autrefois largement majoritaires dans le secteur de l’informatique (de 1972 à 1985, l’informatique était la deuxième filière comportant le plus de femmes ingénieurs, selon le Parisien), elles représentent désormais, tous métiers confondus, un peu moins de 28 % dans le secteur du numérique.

Manque d’information sur les compétences requises ou les opportunités de carrières, désintérêt pour l’IT, ou vrai problème d’inégalité face au recrutement ? Il se pourrait bien que plus d’un facteur soit en cause…

La cybersécurité, un domaine porteur en manque de compétences

Prenons l’exemple du secteur de la cybersécurité : ce domaine souffre d’une grave pénurie de compétences, les entreprises ayant des difficultés à attirer de nouveaux talents et à répondre à la demande croissante de main-d’œuvre. Et ce n’est visiblement pas prêt de s’arranger, puisque cette pénurie devrait se chiffrer à 1,8 million de personnes d’ici 2020, selon une étude réalisée par l’Equipe Internationale de la Sécurité de l’Information d’(ISC)² et son centre pour la cybersécurité et l’éducation.

À l’heure actuelle, 93% des postes en cybersécurité sont occupés par des hommes en Europe. Pourtant, les femmes disposent des diplômes nécessaires pour occuper ces postes, et ont très souvent des formations plus poussées que leurs homologues masculins.

Seule lueur d’espoir : les inégalités de salaires dans l’IT sont moins flagrantes que dans les autres domaines. Elles existent, malheureusement, mais sont moins importantes que pour d’autres secteurs : tous secteurs confondus et à profil identique, une femme gagne en moyenne 8,5% de moins (en 2013) qu’un homme, alors que cet écart est de 5,5% dans l’IT selon une étude de l’Apec publié par ZDNet.

Des initiatives variées pour réduire le « gender gap »

Si certaines initiatives méritent d’être saluées, d’autres semblent plus symboliques qu’autre chose. C’est le cas de Mattel qui, après avoir créé des poupées à l’effigie de plusieurs championnes olympiques comme Ibtihaj Muhammad, Gabby Douglas, Laure Manaudou, ou encore de la restauratrice Hélène Darroze, a lancé récemment la Barbie « ingénieure en robotique ». Mattel, premier défenseur des femmes scientifiques ? On en doute, mais plusieurs experts démontrent que les stéréotypes et préjugés sur les métiers se forgent dès l’enfance, ce qui serait une des explications au nombre restreint de jeunes filles dans les filières scientifiques.

Dans un article du Monde, Isabelle Collet, maîtresse d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation à l’université de Genève explique : « Il existe encore aujourd’hui un prototype de l’informaticien dont les caractéristiques principales seraient d’être un homme, peu sociable, logique, passionné par la technique, plus à l’aise avec les machines qu’avec les humains ». Dans le même article, Joël Courtois, directeur d’Epita, ajoute : « En première et en terminale S au lycée, tout est déjà joué. Les stéréotypes sont acquis et c’est terminé, le vivier s’est considérablement restreint… ».

L’orientation et la découverte des différentes opportunités de carrières sont donc essentiels pour casser les clichés, et réduire le « gender gap ». Et le combat doit être porté au-delà du seul cadre de la scolarité. Dans le monde de l’entreprise, de nombreuses associations ont ainsi vu le jour pour encourager la présence de femmes et pour présenter l’IT comme un domaine riche en opportunités de carrière. Pour n’en citer que quelques-unes : Capital Filles ; Jamais Sans Elles ; Force Femmes ; Girlz in Web ; CEFCYS.

Et qui sait, peut-être que les métiers du futur, tels que les professions d’éleveurs de robots, de psychologues d’IA et de crypto-détectives, sauront attirer plus de talents féminins.

Anouck Girard